{"id":79,"date":"2017-09-24T16:58:59","date_gmt":"2017-09-24T14:58:59","guid":{"rendered":"http:\/\/georges-daudet.fr\/?p=79"},"modified":"2017-09-24T16:59:03","modified_gmt":"2017-09-24T14:59:03","slug":"jean-francois-sirinelli-generation-intellectuelle-khagneux-et-normaliens-dans-lentre-deux-guerres-paris-fayard-1988-722-p-isbn-978-2130446859","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/georges-daudet.fr\/index.php\/2017\/09\/24\/jean-francois-sirinelli-generation-intellectuelle-khagneux-et-normaliens-dans-lentre-deux-guerres-paris-fayard-1988-722-p-isbn-978-2130446859\/","title":{"rendered":"Jean-Fran\u00e7ois Sirinelli, G\u00e9n\u00e9ration intellectuelle : Kh\u00e2gneux et Normaliens dans l&rsquo;entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 1988, 722 p. (ISBN 978-2130446859)"},"content":{"rendered":"<p><strong><u>Annexe V<\/u><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Note \u00e0 l&rsquo;attention de M. Le Conseiller d&rsquo;Ambassade Schwendemann <\/em><\/strong><strong><em>envoy\u00e9e \u00e0 ce dernier par Ren\u00e9 Ch\u00e2teau le 5 juillet 1943.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Monsieur le Conseiller,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur, pour confirmer l&rsquo;entrevue que vous avez eue le 2 juillet avec mes amis et moi-m\u00eame, de vous exposer les faits et les r\u00e9flexions suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>Le 30 juin, M. Georges Daudet, Directeur G\u00e9n\u00e9ral de <em>La France socialiste<\/em>, m&rsquo;a inform\u00e9 <em>qu&rsquo;il aurait re\u00e7u mandat des autorit\u00e9s occupantes de me retirer la Direction Politique de ce journal, parce que la politique que je faisais d\u00e9plairait \u00e0 ces autorit\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p>Georges Daudet m&rsquo;avait d&rsquo;ailleurs plusieurs fois averti, pendant ces derni\u00e8res semaines, que ces autorit\u00e9s jugeaient avec d\u00e9faveur mon obstination \u00e0 d\u00e9fendre certaines id\u00e9es de politique int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure. Il m&rsquo;avait fait pr\u00e9voir que, si je continuais, je courrais le risque d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;objet de mesures dont il serait l&rsquo;ex\u00e9cutant.<\/p>\n<p><em>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous demander avec la plus grande insistance si les dires de M. Georges Daudet correspondent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>Et voici pourquoi.<\/p>\n<p>Mes amis et moi-m\u00eame sommes depuis de longues ann\u00e9es des militants convaincus du rapprochement franco-allemand et de l&rsquo;id\u00e9e europ\u00e9enne. Nous avons, pour ces id\u00e9es, combattu au moment de l&rsquo;adversit\u00e9 allemande, sous la R\u00e9publique de Weimar. Nous avons continu\u00e9 cette lutte apr\u00e8s l&rsquo;av\u00e8nement du National-Socialisme, malgr\u00e9 les injures et les calomnies. Nous avons continu\u00e9 depuis l&rsquo;armistice, malgr\u00e9 les ressentiments que tant de nos concitoyens nourrissent contre l&rsquo;Allemagne.<\/p>\n<p>Nous sommes dispos\u00e9s \u00e0 continuer encore, \u00e0 continuer toujours. Car rien ne nous inspire que la volont\u00e9 de faire cesser entre vous et nous les guerres cruelles qui, en moins d&rsquo;un si\u00e8cle, ont trois fois d\u00e9cim\u00e9 nos jeunesses, et que de construire enfin une Europe, \u00e9quitable et libre, o\u00f9 les jeunes g\u00e9n\u00e9rations puissent vivre.<\/p>\n<p>Nous avons, pour faire comprendre autour de nous ces id\u00e9es, la force morale qui s&rsquo;attache \u00e0 des militants que le public sait depuis longtemps convaincus, dont il sait qu&rsquo;ils n&rsquo;agissent pas aux ordres, ni moyennant subsides, ni parce que vous \u00eates l\u00e0. Et nous sommes, par suite, pacifistes d&rsquo;avant-guerre, syndicalistes, socialistes, dans une p\u00e9riode o\u00f9 convaincre est si difficile, les hommes qui pouvons \u00eatre et qui sommes les plus \u00e9cout\u00e9s.<\/p>\n<p>Je tiens d&rsquo;ailleurs \u00e0 dire que, quoi qu&rsquo;il advienne, nous ne changerons pas. Nous serions, au cas o\u00f9 le sort des armes vous serait d\u00e9favorable, les hommes qui, \u00e0 la paix, \u00e9l\u00e8veraient la voix pour demander qu&rsquo;on respect\u00e2t l&rsquo;Allemagne, pour que de nouveaux ressentiments et de nouvelles haines ne fussent pas cause de guerre \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>Mais encore faut-il, pour que nous continuions \u00e0 d\u00e9fendre l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;Europe, pr\u00e9sentement (c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;Europe a de grandes chances d&rsquo;\u00eatre faite apr\u00e8s votre victoire), que nous ayons la certitude que l&rsquo;Europe serait, apr\u00e8s votre victoire, telle que nous l&rsquo;avons toujours esp\u00e9r\u00e9e et fait esp\u00e9rer. Or nous n&rsquo;avons jamais esp\u00e9r\u00e9, ni jamais con\u00e7u comme possible une autre Europe que celle o\u00f9 les diff\u00e9rentes nations seraient libres de leurs r\u00e9gimes, de leurs gouvernements et de leurs opinions politiques. Certes, nous concevons bien qu&rsquo;il y faudra une unit\u00e9 \u00e9conomique et, par suite, un certain nombre d&rsquo;ajustements et de disciplines mat\u00e9rielles. Mais nous pr\u00e9voyons trop que si, dans cette Europe, devait s\u00e9vir un imp\u00e9rialisme politique tel que ceux qui ont \u00e9chou\u00e9 dans le pass\u00e9, des ressentiments et des r\u00e9voltes ne manqueraient pas de rena\u00eetre. Et la guerre reviendrait.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi nous avons toujours propos\u00e9 \u00e0 nos concitoyens l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une Europe \u00e9conomiquement une, mais laissant \u00e0 chaque nation sa libert\u00e9 politique, \u00e0 la seule condition de n&rsquo;en pas user pour troubler l&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral. Nous avons d&rsquo;ailleurs la certitude que c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;Europe que, dans leur immense majorit\u00e9, les Fran\u00e7ais sont pr\u00eats \u00e0 accepter.<\/p>\n<p>Nous avons d&rsquo;ailleurs imagin\u00e9 qu&rsquo;il ne serait pas impossible que l&rsquo;accord se f\u00eet \u00e0 ce sujet entre la France et l&rsquo;Allemagne. L&rsquo;entrevue de Montoire, le discours du Dr Goebbels en date du 14 mars 1943 et le r\u00e9cent discours du Pr\u00e9sident Laval nous avaient fait esp\u00e9rer que l&rsquo;Europe nouvelle ne se ferait pas aux d\u00e9pens de l&rsquo;individualit\u00e9 ni de l&rsquo;ind\u00e9pendance fran\u00e7aises et qu&rsquo;y trouvant enfin la paix, la France y conserverait la libert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre comme elle est et comme elle se voudra.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est pourquoi la mesure qui, aux dires de M. Georges Daudet, a \u00e9t\u00e9 prise contre moi par ordre des autorit\u00e9s occupantes a provoqu\u00e9 beaucoup d&rsquo;\u00e9motion parmi mes amis. Il ne s&rsquo;agit pas, bien s\u00fbr, de ma personne, qui est de mince importance, bien que mes amis me fassent l&rsquo;honneur d&rsquo;y \u00eatre attach\u00e9s. Il s&rsquo;agit, tr\u00e8s exactement, de savoir si nous n&rsquo;avions pas tort d&rsquo;avoir tant de confiance et d&rsquo;espoir, si nous ne trompions pas nos camarades et nos concitoyens quand nous nous efforcions de leur faire partager ces sentiments.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En effet, s&rsquo;il est vrai que c&rsquo;est par votre ordre que je suis chass\u00e9 de la Direction Politique de <em>La France socialiste<\/em>, s&rsquo;il est vrai que cette mesure est prise par ordre des autorit\u00e9s occupantes qui ne peuvent plus tol\u00e9rer qu&rsquo;en France des citoyens, ne parlant pourtant que de leur pays, continuent \u00e0 d\u00e9fendre l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9publique meilleure et plus forte, le principe d&rsquo;un syndicalisme ind\u00e9pendant et constructif, l&rsquo;espoir d&rsquo;un socialisme vigoureusement r\u00e9volutionnaire et authentiquement fran\u00e7ais et le d\u00e9sir qu&rsquo;ils ont d&rsquo;une France politiquement ind\u00e9pendante dans une Europe unie, enfin si M. Georges Daudet, qui pr\u00e9tend agir sur le mandat des autorit\u00e9s occupantes, dit bien vrai, bien des choses sont remises en question.<\/p>\n<p>Vous trouverez ci-inclus le double d&rsquo;une motion par laquelle un certain nombre de mes amis syndicalistes, socialistes et r\u00e9publicains expriment leur \u00e9motion.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, je ne puis pas ne pas vous exprimer ma stup\u00e9faction. Je dois d&rsquo;ailleurs ajouter que les conditions dans lesquelles M. Georges Daudet a rempli son pr\u00e9tendu \u00a0\u00bb\u00a0mandat \u00a0\u00bb ont ajout\u00e9 \u00e0 cette stup\u00e9faction. En effet, apr\u00e8s m&rsquo;avoir annonc\u00e9 la mesure prise contre moi, il m&rsquo;a inform\u00e9 qu&rsquo;on souhaitait pourtant que je continuasse \u00e0 \u00e9crire dans <em>La France socialiste<\/em>, pour que le journal ne change\u00e2t pas trop visiblement ni trop soudainement de caract\u00e8re. Et voici dans quelles conditions. J&rsquo;\u00e9crirais dans ce journal, par mois, onze articles sign\u00e9s, \u00e0 1000 F l&rsquo;un, et 25 \u00e9ditoriaux, au tarif de 250 F l&rsquo;un. Financi\u00e8rement, ce serait une affaire, car je recevrais plus que je ne le faisais ! Mais les conditions politiques seraient de tout autre nature. J&rsquo;\u00e9crirais \u00e0 l&rsquo;article, ce qui laisserait \u00e0 M. Georges Daudet, mandat\u00e9 ou non, la libert\u00e9 de se d\u00e9barrasser d\u00e9finitivement de ma collaboration, quand j&rsquo;aurais assez servi \u00e0 camoufler le \u00a0\u00bb tournant \u00ab\u00a0. Par ailleurs, M. Georges Daudet a refus\u00e9 de m&rsquo;indiquer quels sont les nouveaux collaborateurs politiques aupr\u00e8s desquels j&rsquo;aurais \u00e0 signer. Enfin, sur une question nette, il a r\u00e9pondu que je n&rsquo;aurais plus la libert\u00e9 de choisir le sujet et la doctrine des articles et des \u00e9ditoriaux qu&rsquo;il me proposait de continuer \u00e0 r\u00e9diger.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;excuse de ces d\u00e9tails sordides. Mais on comprendra qu&rsquo;en ce qui me concerne ils n&rsquo;aient pas peu contribu\u00e9 \u00e0 me donner l&rsquo;impression que de toutes fa\u00e7ons on entend m&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;exprimer d\u00e9sormais, avec libert\u00e9, les id\u00e9es que depuis 1940 j&rsquo;avais pu exprimer.<\/p>\n<p>S&rsquo;il est vrai, comme M. Georges Daudet le pr\u00e9tend, que c&rsquo;est par mandat des autorit\u00e9s occupantes, je n&rsquo;ai, bien entendu, qu&rsquo;\u00e0 m&rsquo;incliner et qu&rsquo;\u00e0 rentrer dans le silence, certes inchang\u00e9, mais renon\u00e7ant \u00e0 \u00e9veiller chez les autres un espoir que je ne pourrais plus moi-m\u00eame partager.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi je me permets de vous demander si les dires de M. Georges Daudet correspondent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Veuillez agr\u00e9er, Monsieur le Conseiller, l&rsquo;expression de mes sentiments les meilleurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Paris, le 5 juillet 1943<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ren\u00e9 Ch\u00e2teau<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>P.S. \u2013 Je comptais vous remettre cette note ce soir m\u00eame. Puisque notre rendez-vous est remis jusqu&rsquo;\u00e0 demain, 17 heures, je me d\u00e9cide \u00e0 vous l&rsquo;envoyer. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Annexe V &nbsp; Note \u00e0 l&rsquo;attention de M. 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